Rencontre avec les acteurs du développement de Mahajanga


L’implication du secteur privé, cheville ouvrière du développement

Le Président de la République, Hery Rajaonarimampianina, est à Mahajanga où il a rencontré et échangé avec les opérateurs économiques, la société civile, les jeunes et la presse du Boina, ce 26 février, en fin d’après-midi aux Roches rouges. Au centre des échanges, les perspectives de développement du pays, et de Mahajanga en particulier. Ce fut une rencontre au cours de laquelle le Chef de l’Etat a tenu tout d’abord à rappeler la situation du pays, en janvier 2014, au moment où il a pris en main la direction du pays, afin de mieux cadrer les discussions.

Début 2014, Madagascar était un pays sous sanction, économiquement, financièrement, politiquement. Tous les indicateurs étaient au rouge, une pauvreté extrême touchait 92% de la population après cinq années de crise. Au niveau économique, dans le secteur de l’agriculture, la productivité rizicole était de 1,8 tonne à l’hectare, et a nécessité l’importation de 100 à 200 000 tonnes de riz chaque année ; au niveau de l’éducation, plus de 1 million d’enfants ont été déscolarisés, tandis que des centaines de Centres de Santé de Base ont été fermés, faute de budget. Dans le même temps, pour asseoir le développement, il fallait restaurer la stabilité politique et institutionnelle, et raffermir l’unité nationale sous le sceau du « fihavanana ». L’objectif était l’apaisement, mais aussi la mise en marche de la décentralisation économique.

Le Président Rajaonarimampianina Hery et les acteurs du développement de Mahajanga aux Roches rouges

Le deuxième grand objectif fut de renouer avec les institutions internationales, pour le retour de la confiance des bailleurs, qui passait nécessairement par le rétablissement de la coopération avec le FMI. Ce fut processus laborieux qui a abouti à la signature du FEC, Fonds Elargi de Crédit, en juillet 2016. Sur ce point, le Chef de l’Etat a tenu à rappeler que le FMI avait déjà suspendu les relations avec Madagascar dès l’année 2008. Ainsi, tout ce qui est entrepris actuellement s’inscrit dans une vision bien précise, stipulée dans le Plan National de Développement ; les grands principes étant la création d’emplois, la création de valeurs et l’augmentation des exportations, par une redynamisation de la productivité, tout cela sous l’impulsion de la politique de décentralisation, et par le rôle central dévolu au secteur privé, la cheville ouvrière du développement économique.

La reprise de la coopération avec le FMI a permis de rétablir les relations avec les bailleurs et, partant, avec la communauté internationale. Cette grande étape a été marquée par la capacité de Madagascar d’avoir pu organiser la Session de l’Assemblée Parlementaire Francophone, puis le sommet du COMESA et enfin celui de la Francophonie. Madagascar a recouvré sa place et son rôle dans le concert des nations. Ce processus a été couronné par la CBI, la Conférence des Bailleurs et des Investisseurs, à Paris, qui fut aussi marquée par le grand intérêt manifesté par les investisseurs privés à l’endroit de Madagascar. Avec les 6.4 milliards USD annoncés par les bailleurs traditionnels, et presque le même montant en ce qui concerne les investisseurs privés, toutes les conditions sont réunies pour mettre le pays sur l’orbite du développement. « Nous n’avons plus d’excuse pour développer le pays. Nous procédons à la fédération des moyens, et à la mise en place de la capacité d’absorption de ces flux d’investissements. Nous avons mis en place les structures adéquates. Il ne faudrait surtout pas raisonner d’une manière simpliste en avançant que ces financements vont être distribués à chaque foyer malgache. Nous devons avancer par rapport à des principes et un programme précis qui ont été établis », a déclaré le Président Hery Rajaonarimampianina.

La situation

Au niveau économique, le PIB se situe actuellement à 10 milliards USD. Pour le taux de croissance, il était de 3,1 % en 2014, pour se situer à 4.1% en 2016, et une prévision de 4.5% pour cette année. L’objectif est d’aller au-delà de 6% est tout fait possible, a fait savoir le Chef de l’Etat, partant du principe que 400 millions USD d’investissement apportent 1% de taux de croissance. Avec les 10 milliards USD de la CBI, étalés sur quatre ans, à raison d’un taux absorption de financement de 2,5 milliards USD par an, un taux de croissance de 6 à 7 % sont tout à fait réalisables. Cela dépendra de notre capacité d’absorber ces financements, autant institutionnels que privés, a déclaré le Chef de l’Etat, d’où l’importance de la mise en place et de mettre en œuvre des projets à travers tout le pays. La structure de coordination et de suivi de la CBI a été instituée au niveau de la Présidence de la République. Il s’agit de mettre en œuvre tous les financements nécessaires pour les transformer en projets, l’Etat a tracé les grands axes, il appartient au secteur privé de s’impliquer et même de proposer.

Le secteur de l’énergie

A ‘heure actuelle, 75% de l’énergie électrique produite sont d’origine thermique, les 25% restants proviennent de l’hydroélectrique. Aujourd’hui, par rapport au fuel lourd, le gas-oil est deux fois plus cher. En 2009, dans le cadre du redressement de la Jirama, il fallait relever la tarification, mais aussi lieu de cela elle a été réduite. L’augmentation du prix du baril de pétrole est intervenue en 2010, si bien que le coût de revient de la production n’a cessé d’augmenter alors que l’électricité est vendu moins cher, d’où les pertes enregistrés par la Jirama.

La situation exige la mise en place de projets structurants. Les travaux de construction de grands barrages hydroélectriques sont lancés, tels Sahofy, Volobe, Antetezabamto, Ranomafana, ou Ambodiroka. Les résultats sont attendus dans trois ou quatre ans car ce sont des projets qui visent le long terme. Au niveau de l’hydroélectricité, le coût de production le plus bas aujourd’hui est de 5 cents d’euros pour le Kwh. Par ailleurs, il faudrait également modifier la production thermique avec l’utilisation de fuel lourd, mais ce processus se heurte à des problèmes technologiques inhérents aux groupes qui sont utilisés actuellement. L’option qui est également mise en œuvre consiste à mettre en place des centrales hybrides, une combinaison du thermique et du solaire car, en moyenne, sur l’ensemble du pays, le taux d’ensoleillement quotidien est de 8 heures. Un problème subsiste encore au niveau technologique, mais cela va se résoudre.

La troisième option mise en œuvre est la mise en place de stations solaires qui seront interconnectées avec le réseau de la Jirama. Les projets sont déjà en cours. Il s’agit de fédérer les actions pour aboutir à des résultats efficaces. L’éolien peut aussi être exploité à Antsiranana ou dans l’Anosy. Par ailleurs, des projets de mini-centrales hydroélectriques sont déjà effectifs, à l’instar de celle qui approvisionne Ihosy depuis un an. Il en sera de même à Tsiroanomandidy et Vatomandry. Ainsi, dans ce tout ce processus, il s’agit en même temps de réduire les subventions accordées par l’Etat à la Jirama et d’étendre l’électrification du pays, notamment en milieu rural, pour servir la majorité de la population. Le Président a réitéré que 30 cents d’euro investis dans l’énergie créent 1 USD de valeur, prouvant ainsi que l’électricité, au-delà de l’éclairage, est source d’activités économiques.

Développer et moderniser l’agriculture

L’agriculture est l’activité de 80% de la population malgache, mais force est de constater que, dans le domaine de la riziculture, la productivité est encore très faible, de l’ordre de 1,8 tonne à l’hectare, alors que dans les pays d’Asie la moyenne est de 5 à 7 tonnes à l’hectare. Aussi, dans la Région Atsimo Andrefana, dans les périmètres du Bas Mangoky et de Manombo, grâce à la mise en place de grandes infrastructures hydroagricoles, la productivité est désormais de 6 à 7 tonnes à l’hectare, à raison de deux récoltes par an. Le développement de l’agriculture est une grande priorité car, au-delà d’une agriculture de subsistance, les paysans producteurs doivent maintenant s’orienter vers les marchés.

En matière rizicole, la politique est de préserver l’existant et d’étendre les zones. Néanmoins, dans certaines régions productrices comme l’Alaotra et Marovoay, la riziculture fait face au phénomène de tarissement de sources d’eau et d’ensablement qui résulte des feux de brousse. Le maître mot est aujourd’hui est l’adaptabilité et la transformation du monde rural face aux marchés de la zone de l’Océan Indien, du Comesa et de la sadc.

Pour les autres produits, le Président Rajaonarimampianina a rapporté l’exemple de l’Indonésie où des industries fabriquent des sachets biodégradables avec du manioc. Il nous a été proposé de fournir 50 000 tonnes de manioc, malheureusement, il n’a même pas été possible, pour le moment, de trouver 1000 tonnes dans le pays, de la même qualité et pour une livraison régulière. Ce fut également la cas pour un projet de commande 100 000 tonnes de maïs. « Une telle situation est regrettable pour un pays comme Madagascar qui dispose de vastes zones cultivables. La main d’œuvre existe, mais nous n’avons pas de produits. Il nous appartient désormais de nous organiser », a déclaré le Chef de l’Etat.

Les ressources halieutiques

Les études ont démontré qu’en raison du pillage de ses ressources marines, les préjudices sont énormes pour Madagascar, de l’ordre de 500 à 750 millions USD, chaque année, et il en est ainsi depuis des décennies. Lors du sommet de Lomé, sur la sécurité maritime, des pays d’Afrique de l’Ouest, qui n’ont pas les mêmes étendues de zone économique exclusive que Madagascar, ont fait savoir qu’ils perdent 1 à 1,5 milliard USD chaque année en raison de ces pillages. Le Président Rajaonarimampianina a fait le rapprochement entre les 500 à 750 millions USD que nous perdons chaque année par rapport au financement moyen annuel des bailleurs de fonds qui est de l’ordre de 350 millions USD. Les chiffres sont éloquents. Il nous faut investir dans la protection et la gestion durable des ressources marines pour le développement de l’économie bleue.

Voir loin

Au plan social, l’Etat consacre un budget conséquent en matière d’éducation et de santé, tout en prenant en compte d’autres domaines tels que la sécurité. Pour ce qui est de Mahajanga, comme pour toutes les régions du pays, la décentralisation économique est la base d’une émergence harmonieuse, notamment pour la création d’emplois pour nos jeunes, qui constituent un avantage et une responsabilité. Le développement de l’agrobusiness va être soutenu, à l’exemple de la culture de la tomate à Ambato Boeni, pour s’orienter vers une industrie de substitution, même chose pour les mangues et l’anacarde, car les marchés existent. Quant au tourisme, les récentes périodes de vacances ont démontré que Mahajanga n’a pas encore d’infrastructures d’accueil suffisantes pour accueillir les vacanciers. Pour les autres grands projets, le Chef de l’Etat a relevé la relance de la cimenterie, pour la création d’emplois et l’apport d’électricité à travers le projet de barrage hydroélectrique d’Ambodiroka, non sans oublier le développement des NTIC. « Le développement économique est lié à la stabilité, à la sécurité, et c’est l’affaire de tous, et elle est à la source du développement social », a conclu le Président Hery Rajaonarimampianina.

Les événements de Befandriana

Face à la presse, suite aux récents évènements qui ont eu lieu à Befandriana Nord, le Chef de l’Etat a apporté des éclaircissements sur la propagation des actes de lynchage et de vindictes populaires.

Le Président Hery Rajaonarimampianina a déclaré concernant le problème de Befandriana Nord, que le Gouvernement va prendre des mesures sévères à l’encontre des auteurs et instigateurs de ces actes. Il a exprimé ses profonds regrets et présenté ses condoléances aux familles des victimes. Il a tenu à rassurer la population que des représentants du Premier Ministre sont déjà dépêchés à Befandriana Nord et que les résultats des enquêtes seront bientôt connus. Le Président Rajaonarimampianina a de nouveau lancé un appel à la population pour ne pas se livrer à des actes de lynchage et de vindictes populaires car tout cela est contraire aux principes du respect des droits de l’homme et de l’Etat de droit.