Discours du Président a.i. de la République de Madagascar Rivo RAKOTOVAO lors de la Cérémonie d’ouverture officielle du XVIIème Sommet de la Francophonie


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Excellence Monsieur Nikol PACHINYAN, Premier Ministre de la République d’Arménie, hôte de la XVIIème Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage ;

Excellences Mesdames et Messieurs les Présidents, Chefs d’Etat et de Gouvernement

Madame Michaëlle Jean,  Secrétaire Générale de la Francophonie ;

Mesdames et Messieurs en vos rangs et titres respectifs,

Bonjour,

A l’entame de mon propos, permettez-moi de vous présenter, au nom de la République de Madagascar et de la grande famille francophone, nos sincères condoléances au Gouvernement et au peuple arménien pour la perte de ce célèbre chanteur, fidèle à ses origines arméniennes et connu pour être un illustre ambassadeur des valeurs de notre organisation. J’ai nommé Charles Aznavour, ce grand artiste français dont la récente disparition a attristé bien de générations au sein de l’espace francophone.

Par la même occasion, nous nous devons également d’exprimer notre vive compassion au Gouvernement et au peuple Vietnamien pour le regretté Président Tran Daï Quang qui nous a quitté pour un monde meilleur après s’être engagé durablement au service de la francophonie.

Dans la même foulée, je voudrais féliciter l’élan de solidarité déployé au profit des victimes du séisme en Haïti. Compatissant à leur désarroi, j’encourage la Grande famille de la Francophonie à exprimer davantage son soutien au peuple Haïtien.

Je me tourne enfin vers Son Excellence Monsieur Nikol PACHINYAN, Premier Ministre de la République d’Arménie, notre hôte pour ce 17ème Sommet de la Francophonie, et voudrais dire combien je suis ravi de me trouver en ces lieux… par pur concours de circonstances d’ailleurs.

Il m’importe en effet de rappeler que si je suis ici aujourd’hui c’est en vertu de nos dispositions constitutionnelles qui veulent que, en ma qualité de Président du Sénat, je succède à Son Excellence Monsieur Hery RAJAONARIMAMPIANINA, Président de la République de Madagascar et non moins fervent Président du XVIè Sommet de la Francophonie, celui-ci ayant dû démissionner suite à sa candidature à la prochaine élection présidentielle qui va se tenir le 07novembre prochain.

Monsieur le Premier Ministre,

Au nom du Gouvernement et du peuple malagasy, je me fais un devoir de vous présenter, ainsi qu’au gouvernement et au peuple arménien, nos remerciements les plus chaleureux pour l’accueil somptueux qui nous a été réservé depuis notre arrivée à Erevan. Toutes les délégations ici présentes se joindront surement à moi pour témoigner de leur reconnaissance quant à la délicate attention dont elles ont fait l’objet en cette belle ville d’Erevan, aujourd’hui témoin de la solidarité et de la fraternité entre les pays membres de la Francophonie.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

L’Arménie accueille aujourd’hui le XVIIè Sommet sous les auspices d’un thème fort mobilisateur : « Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité : source de paix et de prospérité pour l’espace francophone ». Madagascar ne pouvait espérer meilleur prolongement du thème du XVIème Sommet d’Antananarivo.  J’y reviendrai plus tard.

La tenue de cette plus haute instance de la Francophonie à Erevan constitue assurément une marque de reconnaissance de l’engagement de l’Arménie en faveur de la Francophonie et de ses valeurs, auxquelles j’adhère et que je partage avec conviction.

Ce Sommet constituera également pour l’ensemble des pays ayant en partage la langue française, une occasion de marquer la célébration du 70ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Mesdames et Messieurs,

Comme d’aucuns le savent, le vivre ensemble ne se décrète pas. C’est un défi qui s’impose à chaque être humain convaincu de devoir partager des valeurs fondées sur l’équité et la justice. De telles valeurs ont déjà été défendues haut et fort depuis sa création par les pères fondateurs de la Francophonie, voilà maintenant 48 ans. Notre présence en ces lieux, aujourd’hui, n’indique-t-elle pas un attachement indéfectible à ces valeurs humanistes prônées par notre Organisation pour l’avènement d’un espace francophone stable et prospère.

Il nous appartient tous ici de promouvoir ces valeurs sur lesquels notre Organisation repose. Ayons la volonté et le courage de partager cette langue que nous avons en commun et ces principes que nous défendons ardemment. Faisons de notre diversité notre force, osons repousser plus loin nos frontières !

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Le cœur de Madagascar bat en symbiose avec celui de l’Arménie, non seulement parce que les villes d’Antananarivo et d’Erevan sont jumelées depuis fort longtemps mais surtout parce que la Francophonie occupe une place particulière pour mon pays. Il vous souviendra que c’est à Antananarivo que fut adoptée, en 2005, la Charte de la Francophonie. La tenue du 16ème Sommet en 2016, est apparue dès lors comme un juste retour des choses.

Au terme de notre Présidence, il me plaît de souligner ici que le pays en a ressenti les retombées positives à bien des égards et particulièrement dans le domaine politique. Madagascar, confronté aux aléas sociopolitiques qui sont les siens, a ainsi été témoin du rôle joué par l’OIF dans la gestion du processus électoral en cours, ayant bénéficié par là d’un appui concret et efficace. Il pourrait être regrettable qu’une telle capacité d’action puisse à l’avenir se diluer.

Le XVIe Sommet de la Francophonie a non seulement attesté d’une solidarité francophone à toute épreuve, mais a aussi contribué au renforcement de la visibilité de Madagascar tant sur le plan diplomatique qu’économique, après un retour dans le concert des Nations pour lequel s’est ardemment investi le Président Rajaonarimampianina. Sans vouloir verser dans un bilan détaillé, il convient de relever :

– l’adhésion unanime bâtie autour du thème du XVIe Sommet « Croissance partagée et développement responsable, les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone » ;

– l’ambition mise dans la Déclaration d’Antananarivo et ;

– la pertinence des résolutions formulées au regard des défis dictés par les maux de notre société d’aujourd’hui.

La feuille de route reçue de nos Chefs d’État et de Gouvernement et conçue durant les assises se reflète dans plusieurs initiatives et démarches de l’OIF. Elle se met aujourd’hui en action au niveau de nos Etats membres grâce notamment à :

  • la Stratégie économique pour la Francophonie ;
  • la Stratégie jeunesse de la Francophonie ;
  • la Stratégie numérique de la Francophonie ;
  • des programmes de promotion de l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes, d’appui au développement local ;
  • la promotion de l’Égalité Femmes-Hommes ;
  • la consolidation de la paix et de la sécurité humaine dans l’espace francophone ;
  • la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, etc.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Cette rencontre nous interpelle à plus d’un titre sur les différents défis et enjeux du monde contemporain. Nos Etats et gouvernements membres sont plus que jamais appelés à se mobiliser sur les objectifs de protection de nos populations et de préservation d’un espace commun plus intégré. A ce titre, les valeurs francophones s’imposent comme le premier instrument de notre intégration. Elles sont notre force, notre trait d’union pour agir. Il est vital que notre organisation témoigne de l’importance d’un tel préalable.

Force est néanmoins d’admettre que les efforts déployés par notre Organisation sont tout aussi considérables dans divers autres sphères, pour ne citer entre autres que la mise en place de l’observatoire Boutros Ghali du maintien de la paix ou le plaidoyer pour l’opérationnalisation de la Force mixte G5 Sahel, rappelant que les préoccupations politiques et sécuritaires resteront prégnantes.

Mesdames et Messieurs,

Sur ce registre et saisissant l’occasion de cette tribune qui m’est offerte, je ne puis résister à la tentation de porter un témoignage sur le cas de Madagascar en particulier.

Après cinq années d’un régime de Transition marqué par des crises socio-politiques, une première élection libre, transparente et reconnue internationalement depuis l’accession de Madagascar à l’indépendance, a pu se tenir en 2013. Revigoré par son retour sur la scène internationale, Madagascar a toujours entendu respecter strictement les règles démocratiques, en réaffirmant, devant les différentes agoras internationales, son engagement en faveur de la démocratie et de l’Etat de droit ainsi que sa volonté d’agir dans ce sens.

C’est également dans cet esprit que, par souci d’un strict respect de la Constitution, une passation de pouvoirs est intervenue à la tête de l’Etat, à la suite de la démission du président élu, ainsi que je l’évoquais tantôt.

Un tel rappel me semblait s’imposer pour mettre en lumière le rôle capital des instances multilatérales, à même de transcender les dissensions locales ou nationales au bénéfice de la préservation de la paix. Et je me dois de souligner ici la part prise par l’OIF dans le succès d’une telle démarche.

C’est ainsi que, au seuil de nos échéances électorales prochaines, je ne peux faire l’économie d’un appel lancé à tous ici, sollicitant à nouveau votre solidarité afin d’accompagner mon pays dans ce processus démocratique en vue de parvenir à un scrutin libre, transparent et accepté par tous. Nous aurons besoin de nos amis pour nous soutenir à chaque étapes de ce délicat mais important processus. Je tiens d’emblée à remercier tous ceux qui ont déjà répondu à l’appel pour nous accompagner, notamment dans la réforme de nos instruments électoraux et l’observation des scrutins.

C‘est ici que j’en viens alors à rendre un vibrant hommage à notre Secrétaire Générale de la Francophonie, Madame Michaëlle JEAN, pour le dynamisme et la détermination qu’elle a mis à prodiguer cet appui en faveur de la promotion des pratiques démocratiques. Sous son leadership, notre Organisation a pu revitaliser la vocation politique de la Francophonie, telle que prévue dans la Charte, grâce à des actions concrètes et palpables auprès de nos populations, en faveur de la démocratie, de la consolidation de la paix, de la prévention des conflits, ainsi que de l’appui aux processus de sortie de crise. Nous savons, en effet, que, au-delà de sa vocation culturelle, notre organisation se doit de contribuer à l’amélioration des pratiques de la démocratie et à la consolidation des droits et des libertés dans l’espace francophone. La Francophonie s’affirme aujourd’hui comme une référence, une finalité humaniste, à l’œuvre dans le multilatéralisme.

Cette occasion m’est offerte par ailleurs pour témoigner notre profonde gratitude envers tous les pays membres ici présents pour leur soutien constant.

En contrepartie, j’affirme ici notre entière disposition à contribuer à l’effort commun s’imposant à notre organisation et à continuer à exercer sa coopération multiforme au sein de la Francophonie.

J’ai ainsi évoqué le cas de Madagascar car c’est celui dont je peux parler en toute liberté. Mais nous pourrions inventorier ici tous les pays membres qui auront pu bénéficier d’un tel soutien solidaire auquel nous aspirons au sein de cet espace francophone.

Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, dois-je rappeler la mission que nous avons de faire vivre et partager cet idéal humaniste qui nous unit et ses valeurs universelles que nous concevons au travers d’une langue, la langue française que nous avons en partage.

Au nom d’une vision commune exprimée autour du thème choisi, je vous invite dès lors à engager des dialogues fructueux, à même de transcender les différences et les divergences de nos peuples pour leur pleine harmonie.

Je vous remercie de votre attention.