Discours de Monsieur le Président de la République – Palais d’Etat d’Iavoloha, le 26 juin 2017


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Excellences, Mesdames et Messieurs,

​Bonjour et bienvenus au Palais d’Iavoloha en ce jour riche de signification pour le peuple malgache.

​C’est avec un plaisir immense que mon épouse et moi-même vous accueillons pour la célébration du 57ème anniversaire du retour de Madagascar à sa pleine souveraineté. Votre présence illustre les relations d’amitié et de coopération que nous avons tissées avec le monde, dans sa grande diversité, durant les décennies écoulées depuis le 26 juin 1960.

​En cette année 2017, cette célébration coïncide avec la commémoration du 70ème anniversaire du soulèvement populaire de 1947 en réponse aux exactions coloniales que la population de Madagascar subissait alors, dans cette forme de la mondialisation du 19ème siècle qu’était le colonialisme.

​Le monde a bien changé depuis, et la mondialisation de ce 21ème siècle nous met face à de nouveaux défis que nous ne pouvons relever qu’ensemble. Pour le peuple malgache en particulier, les combattants de 1947 ont laissé en héritage le flambeau du patriotisme que nous devons transformer en une émergence harmonieuse dans les domaines culturels, économique et social.

​L’approche structurante que nous concrétisons depuis trois années maintenant, vise à corriger les déséquilibres qui se sont empilées depuis des décennies. Déséquilibres qui ont fini par fragiliser la pyramide sociale et facilité l’aventurisme politique dont on connait maintenant le coût. Ce coût n’est pas seulement économique, il est social, voire culturel dans ce sens où, de crise en crise, la population a fini par perdre ses repères et la confiance en son génie créateur.

​Le coût a été aussi durement ressenti dans les relations de Madagascar avec la Communauté internationale. En 2014, alors que le pays était sorti de la crise, Madagascar était le deuxième pays le moins aidé au monde après la Corée du Nord ! On ne va pas s’en plaindre. Mais les raisons étaient à chercher dans les décennies passées.

L’une d’entre elles est identifiable avec 4 chiffres-clés : en 57 années d’Indépendance Madagascar a connu 13 Chefs d’Etat dont 6 seulement ont accédé au pouvoir par la voie des urnes. Ce qui veut dire que le temps moyen d’exercice du pouvoir à la tête de l’Etat malgache durant les 57 années passées a été de 4,3 années ! A quelques exceptions près bien sûr ! Moins que le quinquennat admis constitutionnellement.

En d’autres termes, le dénominateur commun de ces 57 années passées c’est l’instabilité politique et la fragilité des institutions. Dans ces conditions, l’amélioration de la gouvernance et la programmation de réformes restaient une illusion. Sans parler du développement durable.

​En 2016, les efforts de Madagascar en matière de gouvernance globale, financière en particulier, ont abouti à la conclusion de la Facilité élargie de crédit avec le Fonds Monétaire International. Ce signal fort a permis d’organiser la Conférence des Bailleurs et des Investisseurs de Paris en Décembre 2016, avec les résultats qui ont dépassé les estimations.

 

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

C’est sur ces bases qu’une nouvelle page s’ouvre devant nous tous, pour écrire l’Histoire de l’émergence d’un pays où la vie des hommes et des femmes s’harmonisera avec l’incommensurable richesse de son territoire.

On parle souvent de l’angoisse de la page blanche où l’on a du mal à écrire les premiers mots, les premières phrases d’une histoire à écrire. Dans le cas présent, l’angoisse de la page blanche n’existe pas. Nous avons le Plan National de Développement qui est écrit, chiffré. Le PND a été la matrice de nos échanges à Paris. Nous sommes maintenant dans la phase des actions qui doivent porter des résultats rapides, impactant directement sur l’amélioration des conditions de vie de la population. Nous sommes aussi dans cette phase de l’engagement des investisseurs dans laquelle l’Etat joue un rôle majeur, par la clarification et la sécurisation de l’environnement des affaires.

Certes nous devons passer par un certain nombre d’étapes administratives et contractuelles. Mais nous devons garder à l’esprit que le plus grand mérite de l’administration réside dans sa capacité à fluidifier, faciliter l’action et non de la diluer dans les méandres du formalisme à l’excès et des procédures pénalisante. Le peuple malgache a assez attendu, il veut plus de résultats, plus vite, car des résultats existent déjà et ils sont encourageants et traduisent la volonté de l’Etat malgache de faire avancer Madagascar.

Il nous faut maintenant amplifier au plus vite le lancement sinon l’accélération des projets avec des résultats qui doivent concerner l’ensemble du territoire et de la population. Ensemble nous devons enclencher la vitesse supérieure. C’est à cela que nous devons tous nous engager. J’exhorte le secteur privé tant national qu’international à emboîter le pas.

 

Excellences, Mesdames, Messieurs

Ce 57ème anniversaire de l’Indépendance malgache se situe à une époque de mutation rapide et en profondeur du monde. A différents points de vue, le monde se rééquilibre. De nouveaux espaces économiques modernes et compétitives ont émergé, en Asie en particulier. Des nouvelles relations commerciales s’établissent, s’affermissent. De nouvelles voies de coopération se mettent en place.

Comme tous les pays, Madagascar vit intensément ces mutations du monde et compte bien y trouver sa place et son rôle. Notre vision englobe tous les pays, sans exclusion  ni exclusivité. Nos relations avec certains pays du monde datent de plusieurs décennies. Avec la Chine, le Japon, l’Inde, le Vietnam, etc… nous avons de longues années de relations qui ont tissé de bons souvenirs et des résultats durables. Nous comptons bien sur la qualité de ce passé, pour envisager sereinement le futur de nos relations bilatérales avec différents pays, avec tous les pays.

Finalement, l’Indépendance c’est quoi ? dirions-nous aujourd’hui. Il pourrait y avoir autant de réponses différentes que d’individus. Celle qui m’est venu à l’esprit est que l’Indépendance c’est la liberté de choisir en toute responsabilité pour soi-même, sans oublier que la solidarité est incontournable. C’est valable à l‘intérieur d’un pays. C’est encore plus valable de nos jours à l’échelle du monde. Si nous en voulons une preuve c’est laquestion du changement climatique. Les questions du changement climatique ne font pas de différence entre les pays, les régimes politiques, les systèmes économiques, les croyances et les religions. Aucun pays ne trouvera tout seul la réponse. C’est dans une voie solidaire et collaborative que nous trouverons, ensemble, la réponse. Chacun est libre de suivre ou non cette voie, c’est l’indépendance de chacun, mais la responsabilité nous oblige à la solidarité.

​Madagascar est solidaire de la réponse face au changement climatique, Madagascar est solidaire du combat pour préserver la paix, pour endiguer la violence et pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. A Madagascar, ce terrorisme prend de nouveaux visages avec les actes de kidnapping et les méfaits des dahalo (ces bandits de grand chemin). La violence prend souvent racine là où il y a la pauvreté et la misère tant économique que culturelle. La violence est à la fois cause et conséquence de l’instabilité. Je connais les intimidations et les menaces et les terreurs dont vivent nos populations, mais j’appelle tout un chacun à ne pas céder. Ne faisons pas vaincre la terreur !

Le Sommet de la francophonie à Antananarivo était basé sur la conviction que c’est la croissance partagée qui garantit la stabilité.

 

Excellences, Mesdames et Messieurs,

​Voilà quelques propos que je voulais partager avec vous en ce jour mémorable pour mon pays.

​Engageons-nous dans des actions qui reflètent plus de visibilité, dans le respect de nos souverainetés respectives.

​La lutte contre la pauvreté nous engage à mener souvent des actions d’urgence. Maîtrisons ensemble cette dimension temporelle de nos actions, car le paramètre temps restera notre pire ennemi.

​Encore une fois merci, au nom de mon épouse et de moi-même, au nom du peuple malgache, de nous avoir honoré de votre présence. Transmettez notre reconnaissance à vos dirigeants et à vos peuples respectifs.

Mankasitraka Tompokolaky, mankasitraka Tompokovavy.

Merci de votre aimable attention !