26 juin 2018 – Discours du Président de la République Palais d’Etat d’Iavoloha


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Excellences, Mesdames et Messieurs,

C’est avec un immense plaisir que mon épouse et moi-même, vous souhaitons la bienvenue au Palais d’Etat d’Iavoloha, dans le cadre de la célébration du 58ème anniversaire de l’indépendance de Madagascar.

En ce jour plus qu’en aucun autre, nous ressentons la proximité qui nous unit tous, citoyens d’une même nation Malagasy. Aujourd’hui, je vous parle en tant que Malagasy, en tant que père de famille, en tant que père de la nation, en tant que croyant, en tant que Chef de l’Etat, garant des institutions de la République.

Et je constate.

Je constate qu’en ce jour de célébration de l’indépendance, nous n’avons pas encore su nous libérer véritablement de nos chaînes. Cinquante-huit ans après la proclamation de l’indépendance, la liberté n’est pas totalement acquise, et ce, malgré tous nos efforts, toute notre volonté, tous nos espoirs.

Je constate que nous ne sommes plus colonisés par une puissance extérieure, Madagascar est souveraine, elle fixe son propre cap, elle possède ses ressources et développe ses industries…et pourtant, il y a comme une immense chaîne qui nous entrave dans notre marche en avant.

Je constate aussi que depuis cinquante-huit ans d’indépendance, nous avons collectivement l’impression de stagner, alors qu’aucune guerre n’a dévasté notre pays. Et on est en droit de méditer sur une question : est-il bien vrai que, jamais, nous n’avons été en guerre ? Ne serions-nous pas plutôt en guerre contre nous-mêmes depuis des décennies ?

 Cette situation ne peut plus durer.

En cinquante-huit ans, combien y a-t-il eu de passations de pouvoir sans coup d’État ? Je vous avais dit l’année dernière que sur tous les chefs d’Etat qui se sont succédés au pouvoir depuis 1960 jusqu’à ce jour, moins de la moitié seulement ont été élus à travers les urnes. C’est un avertissement sévère pour tout démocrate !

Et sur les présidents élus, deux ont subi une tentative de renversement peu de temps après leur arrivée au pouvoir, comme pour les châtier d’avoir ébranlé les règles tacites d’une caste politique verrouillée, qui se partage le pouvoir comme on se dispute un butin.

Oui, Mesdames et Messieurs et mes chers concitoyens, il y a bien une guerre à Madagascar, une guerre sourde, une guerre voilée, une guerre qui ne dit pas son nom, qui avance sournoise et masquée et qui se mène contre le peuple, en prenant même les habits du peuple ! Cette guerre, c’est celle des profiteurs qui se délectent dans le chaos comme on se roule dans la boue !

C’est la guerre des intérêts et de l’argent contre le bonheur du peuple ! C’est pourquoi, j’avais dit et je le redis aujourd’hui « Ca suffit ».

Nous avons vu tant de politiciens qui pensaient pouvoir acheter le pouvoir à coup d’Ariary. On ne peut accepter de profiter de la pauvreté et de la détresse du peuple pour les payer voire les intimider, et les lancer dans les rues en espérant en faire des martyres au profit d’ambition politique !

Vous le savez aussi bien que moi, qu’ici comme ailleurs, vous qui vous êtes battus pour plus de justice, pour le bien-être de vos enfants, pour une vie meilleure, vous avez été déçus par des faux prophètes.

En ces temps de détresse, ils sont nombreux les faux prophètes, qui achètent les âmes avec l’argent accumulé aux dépens du peuple. Aujourd’hui, en ce 58e Anniversaire de notre indépendance, je pense au peuple Malagasy qui est devenu mature, qui a décidé de ne pas croire aux soubresauts politiciens et de faire confiance à la démocratie des urnes. Il n’y a rien de populaire dans les récents soubresauts politiciens ! On ne peut pas et on ne doit pas confisquer ce pouvoir du peuple souverain à s’exprimer à travers les urnes. Ce droit du citoyen est la véritable manifestation de la démocratie et de l’indépendance d’un pays.

Je ressens dans chaque fibre de mon être et de mon âme, pour avoir été témoin de l’intérieur, de la déliquescence de notre pays et des efforts acharnés que nous avons dû mener depuis 2013 pour lui rendre sa dignité ! Poussé par ma conviction, j’ai tout mis en oeuvre pour empêcher que notre pays ne sombre dans la faillite.

Mais plutôt que de regarder ma patrie et notre peuple dépérir sans rien faire, comme tant de commentateurs et critiques professionnels, j’ai pris ma part du fardeau comme chaque Malagasy, j’ai abandonné la facilité et j’ai lutté contre les vents contraires.

Nous tous qui avons vécu ces années de régression terrible dans le passé, nous en gardons un souvenir amer. Qu’on ne vienne pas faire un hold up sur la démocratie avec des moyens et des procédures aux apparences légales.

Quand donc cet ombre du passé cessera-t-elle de planer sur toutes les tentatives de progrès du peuple Malagasy ?

Quand donc le pouvoir de l’argent cessera-t-il de planer au-dessus des acquis du peuple, comme des vautours au-dessus de leur proie ?

Les troubles doivent maintenant cesser !

Que les politiciens de tout bord prennent conscience de leur responsabilité. Que le patriotisme prenne le dessus sur la division et la haine. Que nos vraies valeurs malagasy prédominent dans nos actions et nos visions du développement.

Les cinq ans qui viennent de s’écouler sous ma direction ont été des années de travail sans relâche pour sortir le pays des griffes de la pauvreté et des profiteurs. Les progrès doivent aller plus vite vu l’impatience de la population. En cinq ans, nous voudrions voir effacé l’héritage de cinquante-trois ans d’incurie, de corruption, de traîtrise.

Nous avons dû nous battre depuis cinq ans pour faire revenir les investisseurs, pour que le monde s’intéresse à nouveau à Madagascar et veuille l’aider.

Oui, la politique de redressement de la nation a exigé et exige des sacrifices. Les exigences économiques ne rendent jamais nécessairement populaire.

Oui, on préfère des dirigeants n’ayant que des paroles mielleuses à la bouche, qui vous promettent le monde, tandis qu’ils dérobent votre avenir.

Nous sommes ainsi passés de 92% de pauvreté à 72%. Pour les 72% vivant encore dans la pauvreté, cela n’est pas suffisant. Mais pour les quelques (2) millions de Malagasy qui ont quitté l’extrême pauvreté, cela a eu un impact immense. Nous avons montré que nous n’étions pas condamnés à la fatalité, et que nous avons trouvé la bonne méthode.

Pour obtenir ce résultat, nous avons rééquilibré les dépenses publiques, nous avons investi dans l’éducation, dans la santé, dans la nutrition, dans l’habitat, dans l’énergie et dans l’eau, dans l’agriculture, dans les routes, les ports, les aéroports et les autres infrastructures. Nous avons commencé à améliorer le cadre de vie des Malagasy. Bien sûr, nous devrons aller plus vite, que tout n’est pas changé du jour au lendemain.

Mais un pays, c’est une dimension géographique immense avec ses lots de diversités et de contrainte. Un pays, c’est une énorme mécanique humaine, il ne suffit pas de pousser un levier pour la faire se redresser en un coup. Nous avons dû prendre les problèmes un par un.

Où trouver l’argent nécessaire à la reconstruction ? Il a fallu redémarrer les industries, exporter, rassurer les investisseurs, gérer les comptes publics de manière exemplaire pour obtenir l’assistance du FMI et de la Banque mondiale et des autres bailleurs de fonds.

Où est allé notre investissement ? Aux hôpitaux, aux écoles, aux routes, aux infrastructures, aux jeunes, aux plus âgés, au développement de nouveaux secteurs économiques.

Il n’y a pas eu d’improvisation, il y avait un plan de développement clair, une ligne droite.

Pourtant, la politique aime tout, sauf les lignes droites. Certains alliés sont indéfectibles, mais il y a aussi ceux qui animés d’esprit rétrograde.

Or, la marche de l’État, c’est avant tout une question de personnes et de volontés travaillant dans la même direction. Je voudrais rendre hommage à tous ceux qui s’identifieront d’eux-mêmes pour m’avoir accompagné dans cette démarche. Je leur suis reconnaissant de tout ce que nous avons accompli ensemble jusqu’à aujourd’hui, et de ce que nous accomplirons dans l’avenir.

Et les réussites, quelles sont-elles ?

Nous avons créés des Pôles Anti-Corruption, totalement indépendants, pour lutter contre ce fléau.

Nous avons gagné des points dans le classement Doing Business.

Madagascar reste le premier producteur mondial de vanille, et grand exportateur de textile.

Madagascar est mondialement renommée pour ses épices, pour ses huiles essentielles, pour son cacao.

Nos exportations ont continué à croître, de 18,1% du PIB en 2013 à 21,6% en 2016, et en augmentation constante.

La croissance est passée de 3,3% en 2014 à 5 % en 2018. Le déficit budgétaire est en baisse, plus bas que prévu, et l’inflation est restée maîtrisée, même si les mauvaises récoltes dues aux cyclones et aux inondations ont temporairement fait monter certains prix. Aujourd’hui, le prix du riz est en baisse dans plusieurs régions.

Nous avons lancé de nombreux projets dans tous les secteurs. Dans celui de l’énergie, nous avons ouvert des centrales hydro-électriques et des centrales au fioul, pour alimenter des régions qui étaient jusque-là privées d’électricité. Nous sommes en pleine transition énergétiques avec des projets concrets. Nous venons d’inaugurer la semaine dernière, la grande ferme solaire de 20MGW à Ambatolampy.

Nous avons amélioré le transport et la sécurité routière, grâce à des stations de pesage afin d’éviter les accidents de camion si nombreux sur nos routes.

Nous avons totalement rénové plusieurs périmètre et plaines rizicoles (Taheza, au Sud, Andapa au Nord, dans l’Alaotra, à Marovoay, Morondava, etc…). Tout cela au bénéfice de plusieurs dizaines de milliers de paysans pour des dizaines de milliers d’hectares de rizières irriguées.

Ces réalisations et bien d’autres que nous n’avons pas le temps de développer, mais qui figurent toutes sur le site de la Présidence, sont issues d’une vision de long terme.

Et cette vision de long terme, pour la première fois dans l’histoire de Madagascar, a été présentée comme la feuille de route d’un avenir possible pour notre pays, dans lequel celui-ci ne se contentera plus des miettes du développement, mais réclamera la place de puissance industrielle qui lui revient de droit.

Déjà, Madagascar devient un pôle numérique en Afrique Australe et dans l’Océan Indien.

Madagascar peut devenir une puissance agricole de premier plan grâce à ses vastes terres arables.

Madagascar peut devenir un exportateur et transformateur d’importance mondiale pour les pierres précieuses et les métaux précieux.

Madagascar possède de l’uranium, des terres rares et du pétrole.

Madagascar est une puissance maritime, et possède du côté de la mer, un champ d’expansion encore inexploité.

Madagascar est une destination touristique déjà prisée, et qui attire des touristes du monde entier.

Madagascar forme des travailleurs qualifiés, et possède un extraordinaire potentiel de développement industriel.

Mesdames et Messieurs,

Dans sa présence sur le plan international, Madagascar ne cesse de renforcer ses relations avec ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. Nous maintenons notre engagement solidaire avec l’international pour la lutte contre le terrorisme et les extrémismes de toutes natures qui détruisent les valeurs humaines et sociales.

Aux phénomènes de migrations nous avons soutenu le principe de la recherche de solutions dans les pays de départ des migrants, notamment avec des projets qui s’adressent à la jeunesse.

Quand à la lutte contre le dérèglement climatique, Madagascar reste fermement engagé surtout depuis le COP 21 en intégrant la dimension climatique dans l’élaboration de sa politique de développement ainsi que dans les actions de solidarité internationale. La transition énergétique, privilégiant l’utilisation des énergies renouvelables en est la preuve la plus tangibles dans les projets que nous avons réalisés à Madagascar.

Par ailleurs, nous adhérons à la lutte contre le phénomène de cybercriminalité et faisons appel une prise de conscience collective pour ne pas tomber dans les dédales de ce grand piège.

Nous faisons appel à une collaboration internationale dans la lutte que nous menons contre les différents trafics dont les ampleurs deviennent transfrontalières tels que le trafic de ressources naturelles surtout les ressources rares, les trafics de drogue et les pillages, la pêche illégale dans nos espaces maritimes.

Mais nous avons besoin d’une ambition collective et d’une culture d’émergence pour développer ce pays.

Mesdames et Messieurs,

À l’horizon 2030, des experts malagasy et internationaux ont calculé que nous pourrions créer au total 5 millions d’emplois nouveaux, ce qui signifie le quasi plein-emploi. Grâce à cela, plus de 70% des Malagasy sortiront de la pauvreté, avec un gain de pouvoir d’achat de 140%, soit près de trois fois plus de richesse qu’aujourd’hui.

Ce plan existe, il est prouvé par les chiffres grâce à un travail minutieux et approfondi de quelques années.

Ce plan, appelé Fisandratana 2030, est notre réponse à tous les pessimistes qui ne parieraient pas un Ariary sur l’avenir de notre pays. Fisandratana 2030 est le meilleur rempart aux troubles récents d’une caste politicienne. Il est un appel général à retourner au travail, et nos valeurs culturelles et fondamentales.

Il est disponible pour tout le monde, vous pouvez tous le consulter, le détailler, vérifier les calculs. Il a été fait grâce à vous et pour vous. Ce n’est pas une chimère comme d’autres en agitent, et dont on ne voit jamais la couleur. Ce plan est là, et dès à présent nous avons déjà commencé à le mettre en oeuvre. Nous avons obtenu et dégagé des financements pour des projets dans chaque région, et les nous avons ravivé l’intérêt du monde entier pour Madagascar.

C’est la seule solution validée par des experts nationaux et internationaux pour ranimer la flamme de Madagascar, et c’est le seul plan concret, visible, lisible, et en cours de mise en oeuvre. Ce plan Fisandratana n’appartient pas à l’État, il ne m’appartient pas, il nous appartient à nous tous, et à nos enfants, qui n’ont que faire des querelles de basse politique. Il appartient à tous les Malagasy qui refusent d’être les otages de vendettas politiques, et qui mettent l’avenir du peuple au-dessus de tout ! C’est la référence de tous nos partenaires.

Mesdames et Messieurs, mes chers concitoyens,          

Je vous ai parlé en homme. Je vous ai dit ce que j’avais sur le coeur, j’ai fait mon examen de conscience, et je vous ai parlé de la foi qui m’anime pour la stabilité et le développement continu de notre pays, et du pacte que je veux nouer avec vous autour d’un réalisme optimiste quant au futur de notre île.

Je n’endors pas mes concitoyens avec des promesses creuses, je ne cache pas la vérité ni les difficultés, mais je ne cache pas non plus les rêves qui guident mon action au service de mon pays, de notre pays.

La démagogie est à l’opposé de ma conception du pouvoir. Issu du peuple, je suis fier d’être resté un Malagasy parmi les autres. Et à tous ceux qui sèment le désordre en espérant tirer les marrons du feu, je voudrais leur dire qu’ en ce jour du 26 juin 2018, nous, peuple Malagasy, nous nous sommes pris en main pour mettre fin à la guerre des puissants contre les humbles.

Mesdames et Messieurs ,

Je voudrais vous remercie au nom du peuple malagasy ainsi qu’au nom de mon épouse et de moi-même, pour nous avoir fait l’honneur de partager avec nous, par votre présence, cette célébration de notre fête nationale.

Nous souhaitons aussi un grand bonheur au peuple des pays que vous représentez ainsi qu’à vos dirigeants respectifs.

Que l’année 2018 soit celle de l’indépendance et du Fisandratana ou de la renaissance du peuple malagasy !